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et Balbek est leur chef-lieu. Ces ruines sont les plus gigantesquesqui aient jusqu'ici été découvertes et décrites.
Les Ansariés sont répandus dans la partie occidentale du Liban et dans les plaines deLatakieh. Ils sont idolâtres et mystérieuxcomme les Druzes. Ce peuple est en décadence et semble une tribuégarée de l’Indoustan; leur chef-lieu est Masiat.
Baïrout ou Beyruth appartient comme Tripoli à la Phénicie .Elle s’appelait autrefois Berylhe, et se distinguait par un savantcollège de prêtres. Elle devint colonie romaine sous Auguste , qui luidonna le nom de Félix Julia à cause de la fertilité de ses environs,de son incomparable climat et de la magnificence de sa situation,Avant les derniers événements , c’était une des villes les plus peu-plées de la Syrie maritime. Elle occupe une colline gracieuse quis’abaisse vers la mer. Son bombardement par les Anglo-Autri-chiens l’a ruinée pour longtemps.
Acre, ou Saint-Jean d’Acre, la Ptolémaïs des croisades, a demême beaucoup perdu aux derniers événements. C’est assurémentla ville qui a soutenu les sièges les plus fameux. Nous rappelleronscelui de Richard d’Angleterre réuni à Philippe-Auguste et celui deBonaparte en J 799, siège soutenu par le célèbre Djezzar-Pacba.Acre avait naguère 20,000 habitants; son port est comblé au-jourd’hui ; les navires mouillent à Caïffa. Le célèbre mont Carmel domine ses environs. Sur la même côte de Phénicie , se ren-contrent l’ancienne Tyr , peuplée aujourd’hui de \ ,500 habitants,elle, qui peupla le monde de ses colonies; Seïd, l’ancienne Sidon ,de laquelle elle était née, et près de laquelle habitait la célèbrelady Stanhope ; Césarée de Palestine, fondée par Hérode enl’honneur d’Auguste et aujourd’hui dépeuplée, quoique avec desmurs en parfaite conservation; et Jaffa , l’ancien port de Joppé ,par lequel Salomon reçut les matériaux phéniciens pour la con-struction de son temple et de ses palais. Les pèlerins qui vont àJérusalem débarquent à Joppé . Cette circonstance nous amène na-turellement à parler de la Palestine et des principaux lieux qui larecommandent au chrétien : nous y pénétrerons par la plaine d’Es-trelon, et nous verrons d’abord successivement Nazareth , Cana, lemontThabor, Tabarieh, qui est l’ancienne Tibériade , Emmaüs etSébasta, qui fut Samarie , l’une des capitales de la Palestine.
Nous n’avons pas à faire ici l’histoire de cette terre privilégiéeentre toutes pour la douleur et la poésie. Quand le peuple de Moïse et de Josué vint fondre sur ses vallées, poussé par la main de Dieu lui-même, elle avait pour population les Héthéens, les Sinéens, lesAradiens, les Phérézéens, les Hévéens, les Jébuséens, les Chana-néens, les Gergéséens, les Amorrhéens, les Philistins. Les premiersavaient pour capitales Dabir et Hébron , la ville des lettres ; lesseconds ne possédaient point de cité; aux autres appartenaient suc-cessivement Arad , Gazer et Belhel, Jébus qui fut plus tard Jérusa lem , et Jéricho , Galgac, Azor et Aphec, Astaroth, dans le royaumedeBazan, Hésébon, Galli, Ascalon et Gaza . Les Iduméens divisésen Iduméens amalécites , madianites , ismaélites , nabathéens ,moabites et ammonites habitaient I’Idumée, c’est-à-dire ce payssablonneux qui s’étend au sud et à l’est de la terre de Chanaan.Les tribus juives se partagèrent celle-ci de la manière que chacunsait: Nepthali, Azer, Zabulon , lssachar, Demi-Manassé, Ephraïm ,Dan, Benjamin , Siméon et Juda , à l’ouest du Jourdain du nord ausud; seconde Demi-Manassès,Gad et Ruben à l’orient du même fleuve.
Les tribus demeurent ainsi sous leurs Juges de \ 554 à J 080 av.J.-C., selon la chronologie que nous avons adoptée, et sous leurs rois,deJOSO jusqu’à 9G2. AcetteépoqueJuda s’érige en royaume àpart,avec Benjamin, tandis que les autres tribus forment le royaumed’Israël . Celui-ci fut détruit le premier en 7J8 par Salmanasar , roid’Assyrie ; Juda succomba sous les coups de Nabuchodonosor , en606. Un grand nombre de Juifs furent emmenés captifs à cetteépoque sur les bords du fleuve qui arrose Babylone ; Cyrus leur
rendit leur patrie. Us furent dèslors gouvernés par leurs grands-prêtres sous l’autorité des satrapes; ils passèrent avec le reste de laSyrie sous les lois d’AIexandre-le-Grand, et furent après sa mort dis-putés entre les Séleucides et les Lagides d’Égypte. De cette lutte sortitla dynastie nationale des Machabées , depuis J 66 jusqu’en 40 avantJésus-Christ . Hérode monta alors sur le trône des Juifs par l’in-fluence romaine, et à sa mort la Judée devint romaine et fut diviséeen une tétrarchie ; elle forma en outre six provinces : la Galilée, lepays des Samaritains, la Judée proprement dite, la Traconite,l’Iturée ou Pérée, etl’Idumée. Des Romains, la Judée passa aux em-pereurs grecs ; nous avons dit ailleurs ses destinées malheureusesdepuis cette fatale époque.
Jérusalem , ville plus éternelle encore que Rome, malgré les in-nombrables malheurs dont elle fut la victime est toujours sa capi-tale. Faire son histoire, ce serait faire celle du christianisme quis’est intéressé à toutes ses douleurs, et répéter celle des Juifs; sa des-cription serait trop longue aussi : nous renvoyons aux Chateau briand , aux Lamartine et à tant d’autres célèbres poètes et voyageursque nous ne ferions que répéter. On visitera dans ses environs lemont des Oliviers , la vallée de Josaphat, Bethléem et sa riche églisefondée par sainte Hélène ; les étangs de Salomon, la vallée de Jéri cho , Ramla, si fameuse au temps des croisades; Naplouse , Gaza ,Hébron et tant d’autres lieux mille fois décrits et visités par vingtgénérations.
Après ces reliques chrétiennes, les points les plus importants dela Syrie sont Damas et Palmyre .
Ancienne capitale d’un royaume contemporain d’Abraham , Da mas s’élève avec majesté dans la vaste vallée du Barrady. Elle eut àtoutes les époques une grande célébrité; mais elle devint surtoutremarquable lorsque les kalifes omniades en eurent fait le siège deleur puissance. Les diverses dominations qui ont passé sur elledepuis n’ont rien diminué de son commerce et de sa beauté; sescaravanes d’AIep, de Bagdad et de la Mecque comptent plusieursmilliers de chameaux ; ses bazars sont les plus riches de l’Orient ;toutes les nations commerçantes sont représentées dans sa chancelle-rie ; elle a de beaux édifices , une grande quantité de mosquées quiprésentent de loin comme une forêt de dômes légers; ses maisonssont en général d’une grande richesse intérieure : sa population tur-bulente monte à 150,000 âmes, et c’est plaisir de la voir avec sescostumes majestueux, ruisseler dans les bazars, ou se délasser dansces étonnants cafés bâtis sur pilotis. Damas est d’ailleurs la résidenced’un patriarche grec et d’un haut fonctionnaire turc, ayant sous sesordres un vaste gouvernement ; c’est enfin une ville savante , si l’onconsidère que c’est la cité d’Orient où il se fasse le plus grand com-merce de livres manuscrits. A environ trente lieues se rencontrentBostra, ancienne métropole de l’Arabie romaine, et, en s’avançantvers le désert, la célèbre Palmyre .
II est à peu près démontré aujourd’hui que Palmyre n’a pas pu êtrebâtie dans les proportions gigantesques de ses ruines par Salomon.Cette ville, que les Arabes nommentTadmor, etqui fut appelée par lesRomains la ville des Palmiers, devint bientôt, grâce à sa position, unriche entrepôt du commerce de l’Orient et de l’Occident . De petitsprinces la gouvernaient et s’y maintinrent à peu près indépendants jus-qu’aux empereurs de la dynastie syrienne . Us devinrent alors tribu-taires de Rome , et Palmyre reçut une colonie romaine. Odenat , l’unde ses princes, s’affranchit, mérita le titre de César ; mais sa veuve,la fameuse Zénobie , attira sur Palmyre toute la colère de l’empereurAurélien : cette ville fut détruite en partie et la Palmyréenne devintune province de Rome . Ses ruines se rencontrent aujourd’hui par54° 25’ de latitude nord et 56° 40’ de longitude est, à deux centquarante-cinq kilomètres sud d’AIep et deux cent soixante-huitnord de Damas . Elles ne le cèdent en beauté qu’à celles de Thèbes d’Égypte , et de Balbeck.