PREFACE.
xv
duire par l’Art, qui consiste dans les préceptes & dans ledeíïein. Inintelligence des préceptes s’acquiert par la lec-ture des Livres &c par la conversation des Sçavans & desgens d expérience ; & la pratique du dessein par une ap-plication assidue à mettre exactement fur le papier ceque l’on a imaginé , tant pour se le répresenter à soi-mê-me , que pour le faire connoître aux autres. C’est dessi-ner pour s’instruire que de copier des desseins des Maî-tres , ou mettre au net les mesures que l’on a prises desplus excellons ouvrages ; & l’on dessine de génie, lorsquel’on compose de soi-même des Plans ou des Décorationsde Bâtimens. On ne sçauroit trop dessiner dans les com-mencemens. Plus on cultive son génie, plus il devientsecond. Il seroit cependant nuisible de demeurer tou-jours enfermé dans son cabinet, occupé à mettre au jourses propres pensées & a en faire des desseins terminez ;on ne se formeroit point le goût, qui ne devient sûr que
par l’inspection des Edifices bons & mauvais. C’est enles comparant les uns aux autres qu’on apprend à faire ladistinction du beau d’avec ce qui ne lest pas, & qu’on serend familières les maniérés disserentes des Architectes,à l’exemple des Peintres ôc des Sculpteurs qui gavent sibien discerner les Ouvrages de ceux de leur profession ;car chaque Maître a fa maniéré qui lui est propre. Bramante qui est un des premiers Architectes parmi les Ita-liens qui se soit fait une réputation , a eu une maniérésèche, parce que de son temps l’Architecture ne com-mençoit qu a se renouveller , & tenoit encore de l’igno-rance des derniers siécles ; au lieu que la maniéré de Mi-chel-Ange est d’un goût de dessein fier & hardi. C’est lamême chose parmi nos François ; la maniéré de Philibertde Lorme, de Jean Bullant & de Ducerceau , est plus
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