Band 
Tome second.
Seite
266
JPEG-Download
 

IF

IF

266

remarquable par son écorce, qui s’exfolie commecelle du plataue ; par sa verdure sombre et triste ; parses rameaux nombreux, qui donnent une ombreépaisse, et en général par un aspect lugubre : on letrouve ordinairement solitaire. Il habite les lieuxombragés des montagnes de l’Europe , depuis l’ex-trémité de l’Italie et de l’Espagne jusqu’en Nor-wège, et il croît aussi dans le Canada , dans les con-trées qui avoisinent le Caucase et au Japon .

Culture. — E’if se multiplie de semences, demarcottes et de boutures. Il n’est point délicat surle terrain, et il supporte toutes les températures;cependant il paraît que les fonds aquatiques ne luiconviennent pas, et que les terrains fertiles, om-bragés et un peu humides sont Ceux où il réussit lemieux. Il parait aussi qu’il ne parvient qu’à une mé-diocre grosseur dans les climats très-rigoureux, eton en a vu qui ont gelé en France dans les hiversde 1709 et 1789; mais cet accident a pu provenir dequelques causes particulières, comme de la disposi-tion du sol, de l’àge des arbres, de la taille à la-quelle on les a soumis, etc., etc.

Semis. — Il faut semer les graines avec la pulpe,aussitôt qu’elles sont mûres; si on attendait le prin-temps , elles ne lèveraient qu’au bout de 18 mois, etil arrive même souvent que les semis d’automne nelèvent qu’en partie au printemps. Cependant commeles mulots, les campagnols, etc., sont très-friandsdes graines de l’if, on est quelquefois obligé de iesconserver en jauge pendant l’hiver. On les répandsur une bonne terre, dans un lieu ombragé, à l’as-pect du nord; on les couvre d’un demi-pouce de ter-reau de bruyère; on a soin d’arroser de temps entemps, si la saison est sèche. Au bout de 2 ou3 ans, les jeunes ifs doivent être mis en pépinière,à 7 ou 8 pouces de distance, et toujours à l’ombre.On les bine deux ou trois fois par an, et on leur faitsubir une seconde transplantation 3 ou 4 uns après,pour ne les lever qu’à 12 ans et les planter à de-meure. On choisit toujours le printemps pour cestransplantations.

Quant aux semis qu’on pourrait faire dans les fo-rêts , il suffit de les placer au nord , et de les exé-cuter soit en rayons, soit par potets. C’est sur-toutdans les forêts résineuses qu’on doit les faire.

Marcottes et boutures. — Les marcottes se fontau printemps, et les boutures en hiver. Ces der-nières se placent à l’ombre, dans une terre légère etsubstantielle. Les arbres qui proviennent des unes etdes autres ne sont jamais aussi beaux, aussi droitsque ceux provenus de semences, et ils croissent en-core plus lentement. Il faut donc préférer la voie dusemis, 6ur-tout pour les forêts, où cet arbre, dont lebois est précieux , doit être multiplié.

On dit que les ifs épuisent le terrain et nuisentaux autres arbres par la multiplicité de leurs ra-cines; on peut diminuer cet inconvénient en ne les.mêlant que dans de faibles proportions aux semisdes autres bois. ;

Qualités et usages. — Le bois de l’if est très-dur,compacte, d’un grain fin et serré, flexible, élasti-que, se fendant bien et incorruptible. Il e$t d’unbeau rouge orangé ou roux. 8on aubier est peu ép^is,d’un blanc éclatant et aussi fort dur; l’un et l’autre

sont susceptibles du plus vif poli. Sa couleur estd’autant plus foncée qu’il est plus vieux. Varennesde l'enille dit qu’on peutcommuniquer à ce bois unecouleur pourpre violet, en en faisant immerger de*tablettes très-minces pendant quelques mois dansl’eau d’un bassin, et que l’opération réussit mieux etplus promptement si le bois immergé a toute sa sève.D’après les expériences de cet auteur, le bois d’ifpèse par pied cube, étant vert, 80 livres 9 onces ,et étant sec, 61 livres 7 onces; il lui faut beaucoupplus de temps qu’à tous les autres bois pour parvenirà l’état de dessiccation absolue; sa retraite est très-faible, ne perdant qu’environ un quarante-huitièmede son volume. Coin me il croît lentement, ses couchesannuelles sont très-minces; on en a compté jusqu’àdeux cent quatre-vingts dan* jn morceau de 20 poucesde diamètre. C’est le plus beau des bois indigènes queles ébénistes puissent employer pour le placage et lamarqueterie. On en fait de fort jolisouvrages de tour,des tables, des meubles, des dents de roue, des jam-bages de porte, des essieux, des vases, des taba-tières, des étuis. Ses racines et son tronc, lorsqu’ila été soumis à la taille, fournissent des morceauxmarbrés et d’une beauté rare. Il prend bien le noir,et ressemble alors à l’ébène. Il est plus proprequ’aucun autre à faire des conduites d’eau, excel-lent pour le charronnage et pour tous les ouvragesqui exigent de la force et de l’élasticité; ses branchesfournissent des échalas et des cerceaux de la pluslongue durée, et ses jeunes branches servent à fairedes liens. Les arcs les plus estimés chez les anciensétaient faits de ce bois.

Les oiseleurs font, avec l’écorce de l’if, une glupour la pipée.

Les auteurs anciens et modernes qui ont traité decet arbre ont tous parlé de ses qualités vénéneuses :les uns les attribuent à toutes les parties consti-tuantes et à toutes les productions de l’arbre, d’au-tres n’en reconnaissent que dans quelques-unes deses productions. Théophraste dit que les feuilles del’if empoisonnent les chevaux : Quod si jumentafolia comederint, moriantur, lib. III. Mais il assureque les baies ne font aucun mal à l’homme : cesdeux assertions ont été confirmées par l’expérience.César rapporte, /Je bell.gall., lib. VI, que Cavati-culus, roi des Eburoniens, s’empoisonna avec le sucde l’if. Virgile fait de l’if un poison pour les abeilles,et défend d’en planter près des maisons :

Sic tua cyrneos fugiant examina taxas.

Eclog. IX.

Suétone rapporte que l’empereur Claude fit publier,par un édit, que le suc de cet arbre avait une propriétémerveilleuse pour guérir la morsure des vipères.Plutarque dit qu’il est vénéneux lorsqu’il est énfleur, parce qu’alors il est plein de suc, et que sonombre est mortelle pour ceux qui s’y endorment.Pline, Nicandre, Galien et Dioscoride disent qu’iltest vénéneux ; mais ce dernier ajoute qu’il a plusparticulièrement cette propriété en Italie et dans laGaule narbonnaise . Il paraît en effet que les pro-priétés vénéneuses de l’if ne sont point les mêmespar-tout, ce qui avait fait croire'maf à propos à quel-ques auteurs et au traducteur de Pline, que cet au-