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souvent par l’élévation et la grosseur de leur tronc,la richesse et la variété de leur feuillage, les cou-leurs brillantes et tranchées de leurs fleurs.
A côté de cette végétation riche et variée , cellede l’Europe parait pauvre et monotone. Les espècesarborescentes y sont en très-petit nombre ; presquetoutes offrent un port et des feuilles à-peu-près sem-blables. Leurs fleurs ont si peu d’éclat, que le vul-gaire, qui n’applique le nom de fleur qu’à la co-rolle, parce qu’il ignore l’usage et l’importance desorganes, croit que la plupart île nos arbres en sontdépourvus.
L’infériorité de la végétation de nos contrées seremarque encore mieux , si l’on met en parallèleles espèces des mêmes genres ou des mêmes familles,qui croissent en Europe et sous la ligne. La diffé-rence se montre même à de moindres distances versle midi, où les plantes sont plus développées quedans nos climats.
Il est certaines beautés d’une terre agreste et sau-vage , que la civilisation fait disparaître. Le sol eu-ropéen ne produit aujourd’hui en profusion que lesespèces que l’homme lui demande. Les végétaux do-mestiques, favorisés par le cultivateur, ont envahiles campagnes; à peine reste-t-il de place pour lesespèces que nous ne croyons pas utiles à nos besoins.Les antiques forêts des Gaules etde la Germanieontdisparu ; nos forêts ne sont que de vastes planta-tions alignées. De tous côtés , elles sont percées deroutes et de chemins. L’homme les parcourt sansobstacle; les animaux n’y trouvent point de refuge.Les générations d’arbres se renouvellent rapidementsur le sol, que le propriétaire industrieux met sanscesse à contribution , et c’est hasard si quelques vé-gétaux ligneux y périssent de vieillesse. Disonspourtant que plusieurs forêts du nord laissent en-core apercevoir des traces de ce qu’était autrefoisla végétation européenne. Là, des chênes respectéspar la hache acquièrent une grandeur prodi-gieuse; les arbrrs que le temps a ruinés, s’affais-sent sur eux-méines, se décomposent et accroissentincessamment la masse de l’humus.
Mais rien n’égale la magnificenre des forêts quiombragent les contrées équinoxiales de l’Afrique etdu Nouveau-Monde. On ne peut se lasser d’admirercette quantité infinie de végétaux rapprochés, ser-rés, confondus , si différens entre eux , et quelque-fois si extraordinaires dans leur structure et leursproduits; ces dicotylédons énormes, dont l’origineremonte à des époques voisines des dernières révo-lutions de la terre, et qui ne portent encore aucunemarque de décrépitude ; ces palmiers élancés, con-trastant, par l’extrême simplicité de leur port, avectout ce qui les environne ; ces lianes sarmenteuses,ces rostangs à feuilles chargées d’épines, dont lesliges longues et flexibles s’enlacent les unes aux au-tres. En vain, pour s’y frayer un passage, s’arme-t-on du fer et du feu , la hache s’émousse ou sebrise sur le bois endurci ; la flamme, privée d’air,s’éteint dans l’épaisseur du feuillage. Des légionsd’animaux de toute sorte, insectes, oiseaux, qua-drupèdes , reptiles, êtres aussi variés et non moinsextraordinaires que les végétaux indigènes, se reti-rent sous les voûtes profondes de ces vieilles forêts ,
comme dans des citadelles à l’épreuve de l’entte-prise de l’homme.
Sous les mêmes parallèles que l’Angleterre et laFrance et avec une température plus froide, l’A-mérique septentrionale présente une végétation beau-coup plus riche. De grands arbres, les tulipiers, lesmagnolia, y produisent des fleurs superbes. Cellesd’une multitude d’arbres et d’arbrisseaux le dispu-tent en beauté aux fleurs de la zone torride ; lesfeuilles légères du robinia et des gletlitzia rappel-lent celles du mimosa des tropiques. Le seul genredu chêne comprend plus d’espèces aux Etats-Unis ,que nous ne comptons d’espèces d’arbres indigènesdans toute l’Europe.
La végétation de la partie septentrionale de l’Asie diffère peu de celle de nos climats. On y trouveà-peu-près les mêmes genres avec des formes ana-logues. Mais les terres australes ont un autre carac-tère : privées d’eau, exposées à des vents brnlans,elles sont d’une extrême aridité, et la plupart desvégétaux y ont des feuilles rares,sèches, étroites, al-longées , sans dentelures et d’un vert sombre; plu-sieurs en sont privés, ou du moins celles qu’ilsportent sont si dures, qu’on peut , à juste titre,leur donner le nom d’épines. Aucun végétal desterres situées vers le pôle antarctique ne donne defruits dont la pulpe savoureuse puisse servir de nour-riture à l’homme.
Il est des conditions indispensables su dévelop-pement des diverses espèces. Les unes exigent unechaleur continue ; l’abaissement momentané de latempérature les ferait périr ; d’autres, capables <icsupporter un froid assez vif tant qu’elles ne sontpas en sève, demandent une chaleur forte à l’épo-que de leur végétation; d’autres s’accommodent d’unetempérature modérée, et redoutent également lesgrandes chaleurs et les froids excessifs. Le cultiva-teur fonde sa pratique sur la connaissance de tesphénomènes.
Ce sont particulièrement les gelées tardives quinuisent aux végétatix délicats de l’Amérique sep-tentrionale et des terres australes que nous essayonsde naturaliser en Europe . Beaucoup supportent, aufort de l’hiver, des froids assez vils, mais aux ap-proches du printemps, dès qu’un air plus doux sefait sentir, comme aussitôt leurs racines commen-cent à travailler sous la terre, qu’elles en aspirentles sucs, que leur liber s’humecte, que leurs bou-tons se gonflent et s’entr’ouvrent, un abaissementmomentané dans la température les fait infaillible-ment périr.
Au reste , les circonstances locales, telles que l’e-lévation des lieux, l’exposition, l’inclinaison et lanature du sol, la proximité des forêts, des mon-tagnes de la mer; la direction des vents, etc., fontvarier la température, et sont autant d’élémen.sdont il faut tenir compte pour expliquer la végéta-tion de chaque canton en particulier.
Par exemple , l’hiver est moins rigoureux sur noscôtes septentrionales que dans l’intérieur îles terres,à une même hauteur, et cela résulte du voisinage del’Océan. La mer conserve une température beaucoupplus égale que celle de l’atmosphère, et tend sanscesse à y ramener un certain équilibre de chaleur.