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Tome second.
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nutrition, les consolide et arrête leur croissance.Il suit de là qu’une belle végétation, je veux diretelle qui réunit, dans une juste mesure, la grandeuret la. force, dépend en partie de l’alternative heu-reusement ménagée des jours et des nuits. Or, lesplantes hypetboréennes se développent à l’époqueoù le soleil ne quitte plus l’horizon, et la lumièrequi agit incessamment sur elles, les endurcit avantqu’elles aient eu le temps de s’allonger. Leur végé-tation est active, mais courte; elles sont robustes,mais petites.

L'es mêmes espèces, transplantées sous un cielmoins rigoureux, environnées d’une atmosphèrehumide, et soumises à l’action consécutive de la lu-mière et de l’obscurité, lorsque d’ailleurs elles sontdouées d’une organisation assez flexible pour sup-porter ce nouveau genre de vie , allongent leur tige,développent leurs rameaux, multiplient, élargissentet assouplissent leurs feuilles.

La végétation, en s’élevant nu-dessus du niveaude la mer, subit des modifications analogues à cellequ’elle éprouve en se portant de l’équateur aux pô-les. Les phénomènes qui, dans ce dernier cas , agis-sent par nuances insensibles, se pressent au con-traire et se succèdent avec rapidité sur la pente desmontagnes. Une hauteur de 4 à 5 ,ooo mètres dansles plus chaudes contrées, produit des changemensaussi marquésque la distance de plus de 2,000 lieues,qui sépare la ligne équinoxiale des régions liyper-boréennes. Les trois causes dont je viens d’indiquerl’influence se représentent ici : abaissement de latempérature ; sécheresse de l’air ; durée de la lu-mière. A ces causes il faut en joindre deux autres,le raccourcissement de la colonne de l’atmosphère,et la rareté des matières abondantes en carbone,qui proviennent de la décomposition des cr*ps orga-nisés.

Plus on s’élève, moins est épaisse la couche d’airsupérieure : de là, les froids excessifs des grandeshauteurs; car c’est l’action de l’atmosphère sur lesrayons lumineux qui en dégage le calorique, et l’onsait que ce dégagement de calorique est d’autantmoins considérable, que la masse d’air traverséepar les rayons a moins de profondeur ; mais, en re-vanche ,1a lumière est plus pure et plus vive, commesi le calorique n’était, suivant la manière de voirde quelques physiciens, qu’une simple transforma-tion de la lumière.

Le poids de l’atmosphère, représenté au niveaude la mer par une colonne de mercure de 28 pou-ces, diminue nécessairement à mesure que l’on s’é-lève ; il ne fait plus équilibre qu’à une colonnede i 3 pouces et quelques lignes, à la hauteur de6,000 mètres. Une conséquence de ce fait, c’estque la vaporisation des fluides a lieu, sur les hautesmontagnes, à un degré de chaleur très-faible. Tou-tefois, la diminution de la température y est telle,que l’air ambiant y est habituellement peu chargéd’humidité.

A la vérité, les hauteurs n’ont point les longsjours des pôles, mais elles reçoivent plus tôt que lespays de plaines les rayons du soleil, et elles les per-dent plus tard : ainsi, les nuitsy sont moins longues.

Enfin, les matières carboneuses, résidus de la

destruction des corps organisés, sont rares sur lesmontagnes , parce que les eaux pluviales et les eauxde sources qui s’écoulent dans les vallées, les dis-solvent et les entraînent.

On ne saurait douter que toutes ces causas réu-nies 11’agissent puissamment sur la végétation. Lachaleur la moins forte doit occasionner dans lesliantes de montagnes une transpiration abondante;a rigueur du froid, la sécheresse de l’atmosphère,la courte durée des nuits, la rareté du carbone,mettent obstacle à l’élargissement de leurs feuilleset à la croissance de leurs tiges; la vivacité de la lu-mière et la longueur des jours hâtent l’endurcisse-ment de toutes leurs parties.

La marche de la végétation sur les montagnesn’avait pas échappé aux regards pénétrans de Tour-nefort. Au pied du mont Ararat , il avait vu lesplantes de l’Arménie ; un peu plus haut, celles dede l’Italie et de la France ; encore plus haut, cellesde la Suède; et sur les sommets celles de la Lapo-nie . Depuis, des observations analogues avaient étéfaites sur le Caucase, sur les Alpes, sur les Pyré-nées , et sur d’autres montagnes de l’ancien conti-nent. Tous les botanistes avaient reconnu que beau-coup de plantes alpines, c’est-à-dire de plantes quihabitent les hauteurs de l’Europe et de l’Asie , seretrouvent également au Spitzberg, à la Nouvelle-Zemble, en Laponie , et au Kamschatka. Les mon-tagnes de la Jamaïque , sons un ciel plus chaud ,avaient offert à Swartz, sinon nos phénogames al-pines , du moins des espèces analogues; et il y avaitobservé une grande quantité de cryptogames tout-à-fait semblables aux nôtres : le funaria hygrome-trica, les bryum serpillifolium et cespititium, le sphag-num palustre, le dicranuru glaucum , etc. Linné ,fidèle à sa méthode , avait réduit tous les faits à unsimple axiome. « La station des diverses plantes,dit-il, indique la hauteur perpendiculaire de la terre. »Quoiqu’il en soit, jusqu’à ces derniers temps, iln’existait sur cette intéressante partie de la géogra-phie botanique aucune observation rigoureuse.

Les premières recherches qui aient été faites avec-suite, et dans le dessin réfléchi d’étudier les lois dela succession des végétaux sur les montagnes, ap-partiennent à M. Ramond. Ce savant parcourut lachaîne des Pyrénées pendant 1 o ans ; il l’étudia non-seulement en géomètre, en physicien et en minéra-logiste, mais encore en botaniste consommé; et ilreconnut, avec cette rare sagacité qui le distingue ,les stations des diverses espèces végétales, et les cir-constances particulières qui troublent quelquefoisl’ordre naturel de leur succession. Je vais vous in-diquer , en peu de mots, les principaux résultats deses recherches.

Le chêne commun, quercus robur , végète dansles plaines , au niveau de la mer ; il gagne les pentesdes montagnes et monte jusqu’à 1600 mètres. Sa vé-gétation est d’autant moins belle , qu’il approche da-vantage de cette hauteur, où il cesse de croître.

Le hêtre, fagus sylvatica , ne parait qu’à 600 mè-tres, et y finit à 200 mètres au-dessus du chêne. Lesapin à feuille d’if, a b tes taxijblia, et l’if, taxuscommuais, se montrent à 1,400 mètres , et vont jus-qu’à 2,000 mètres. Le pin sylvestre, pinus sylves-