ETABLISSEMENT ET TRAVAUX
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[« r poursuivit-il, que depuis près de deux ans je suis h Londres ,MÉMOIRE, très-assidu k faire ma cour k M. Ramsden, pour obtenir delui quelques instrumens que je lui ai commandés; je viens levoir sans cesse, il m’accueille k merveille, cause avec moides matinées entières, me montre mes instrumens com-mencés , me les promet incessamment, et ne les achèvejamais. Nombre de personnes que je pourrais vous citer sontdans le même cas. Ne croyez pas que ce soit indifférence ouparesse de sa part : bien au contraire. Mais une idée nouvelle,une difficulté k vaincre ou un instrument d’un nouveau genrequ’on viendra lui proposer vont attirer toute son attention etlui faire abandonner tout ouvrage commencé. C’est aussi untrop grand désir de perfection, c’est un mécontentement desoi-même, si rare chez les autres , qui portent souvent cethabile artiste h recommencer trois et quatre fois une mêmepièce, parce qu’il ne lui trouve pas la perfection dont il l’ajugée susceptible. On l’a même vu briser et jeter à la fonteun instrument prêt d’être achevé et dont tout autre seserait fait honneur , mais que lui seul trouvait d’une exécu-tion inférieure à celle qu’il avait conçue. La perte n’est rienpour lui, pas même celle du tems ; aucun sacrifice ne luicoûte pour sa gloire. Il faut avouer aussi que le dernier venua près de lui un grand avantage lorsqu’il sait bien s’y prendre ;il réussit facilement k enlever de chez lui rinstrument qu’iltrouve fait et qui était destiné pour un autre ; sans douteque pour le roi de France , pour l’Observatoire royal etpour vous , M. Ramsden se piquera d’être plus exact k saparole et sera plus scrupuleux.
Ce que venait de me dire cet étranger m’ayant été confirmépar d’autres personnes, je me promis d’en profiter et deprendre les précautions nécessaires : mais la première fois queje retournai chez M. Ramsden , l’affabilité de ses manières,