Buch 
Mémoires pour servir à l'histoire des sciences et à celle de l'observatoire de Paris / J. D. Cassini
Entstehung
Seite
136
JPEG-Download
 

V e

MÉMOIRE.

i36 EXECUTION

avant moi ; car est-il un peint re qui se soit vu dessaisir deson tableau, avant d’y avoir donné les dernières touches?Quel est le poète à qui on ait enlevé sa tragédie, avant d’enavoir achevé la dernière scène? Ce sort m’était réservé. Il afallu s’y soumettre. Un mois auparavant, je m’étais vu forcéde renoncer à l’Observatoire et à l’Académie des Sciences.C’est ainsi qu’à la même époque se réunirent pour moi tousles genres de sacrifices.

Il me tardait d’instruire les autres directeurs et mes asso-ciés de ce qui venait de se passer. Je convoquai une assem-blée générale de la compagnie pour le 5 décembre suivant;personne ne s’y présenta (i). Cet abandon, dans une crisepareille, était sans doute affligeant pour moi et m’exposait àde grands risques dans une lutte où je n’étais pas le plus fort.Je crus cependant devoir me sacrifier à la défense des intérêtsde mes commettans. Mes plaintes, mes démarches et le mur-mure public apprirent bientôt à la Convention quelle avait ététrompée (2), et je m’empresse de dire que dès le 12 novembreun arrêté du Comité de salut public autorisa le ministre dela guerre à traiter avec les ci-devant associés de la carte

(1) Un seul associé, M. Bitaut de Vaille, vint chez M. Perronet où était lerendez-vous , et où je restai toute la soirée avec M. Capitaine à attendre nos autrescollègues qui, sans doute, étaient en fuite ou cachés, comme il était d’usagealors.

(2) Très-certainement la Convention n’avait prononcé l’enlèvement de la carteque dans la ferme persuasion qu'elle appartenait au Gouvernement. Sans doute ilse trouvait dans son sein plusieurs de ses membres qui connaissaient parfaitementnotre ouvrage, qui n’ignoraient pas que c’était aux frais d’une compagnie qu’ilétait exécuté depuis 37 ans; mais les uns étaient du complot formé pour nousl’enlever, et les autres, par insouciance ou par terreur, n’avaient osé rien dire etencore moins démentir ceux qui, à la tribune, avaient avancé tant de faussetés.C est ainsi que toute assemblée, dominée par des intrigans et des factieux , ne peutconnaître la vérité et se laisse entraîner aux plus grandes injustices.