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donner raison; mais il relonrna tellement l’affaire et fit sibien, qn’il finit par avoir gain de cause. On jugea que M. LeGentil avait été bien volé; il perdit son argent et fut con-damné aux dépens. Il n’en pouvait être autrement, car lalutte n’était pas égale entre un simple savant et un habileprocureur de Coutances .
Notre académicien, de retour à Paris , y avait rapporté unetrès-mauvaise opinion des procureurs, des juges, mais nondes dames de son pays ; car il y avait fait connaissance d’unedemoiselle fort aimable, dont la famille était déjà depuislong-tems liée avec la sienne. Dégoûté des voyages et desaffaires , IM. Le Gentil résolut de vivre désormais à l’Obser-vatoire dans le plus parfait repos de corps, et seulementoccupé de mettre en ordre ses Mémoires et de rédiger larelation de ses différentes courses dans les Indes : mais vou-lant tempérer l’austérité (1e la retraite et de l’étude par lescharmes d’une société douce et d’une tendre union, il prit leparti de se marier et de demander la main de la jeune per-sonne qu’il avait vue à Coutances . Il était tems, vu son âge,de songer à un établissement. Les savans, à la vérité, ne sontjamais très-pressés de former des nœuds qui effarouchent tou-jours un peu leur liberté, ou, si l’on veut, leur indépen-dance : mais il vient un tems oit un certain vide se lait sentirà l’homme le plus occupé de méditations et de pensées pro-fondes. 11 commence alors à reconnaître qu’après avoir silong-tems satisfait son esprit , il est bien juste d’accorderquelque chose à son cœur; car, il faut en convenir, savoirest un plaisir de l’être intelligent, mais aimer e st un besoinde l’être sensible. 11 se persuade enfin qu’un bon ouvragepeut bien faire la réputation d’un auteur, mais que des en fa nsaimables, xertueux, bien élevés, font à coup sur l’espéranceet la félicité d’un père. Ces réflexions, sans doute, détenui-