DE M. LE GENTIL.
passage de Vénus sans que l’on vit revenir M. Le Gentil, onétait assez généralement persuadé-qu’il était mort. Ses héri-tiers sur-tout se l’étaient imaginé, meme depuis plusieursannées, et voulaient agir en conséquence. Averti par le fondéde pouvoir qu’il avait laissé, M. Le Gentil avait écrit plu-sieurs fois de l’Inde pour suspendre le partage trop prématuréde sa succession : mais le procureur ne montrait point seslettres, il voulait que l’on crût l’existence de son client sur saseule parole, et il s’amusait à batailler avec les avides héritiers,dont les espérances et les prétentions croissaient de jour enjour d’après le long silence des papiers publics qui avaientparlé de tous les observateurs en route, hors de M. Le Gentil.Il était donc très-instant que le nouvel arrivé se rendit dansson pays pour confirmer sa résurrection d’un manière authen-tique. Au moment où il s’y disposait, une fièvre malignevint l’arrêter. Grâces aux soins et à l’habileté de M. Bourdclin
son confrère à l’Académie , il échappa à ce nouveau danger.
A peine fut-il guéri, qu’il s’empressa d’aller manifester sonexistence au milieu de ses compatriotes. On n’y crut quelorsqu’on le vit. Ses parens parurent renoncer de bon coeur,pour le moment, à leurs prétentions; mais le procureur nor-mand en éleva d’autres à son tour, qui ne furent pas si facilesà écarter. Compte fait de la recette et de la dépense, ainsique des doubles honoraires qu’il s’adjugea pour une gestionde plusieurs années, il lui restait encore des deniers à resti-tuer : mais lorsqu’il fut question de réaliser cette fin decompte, il se trouva, par l’évènement le plus inattendu, quele procureur venait d’être volé tant de son argent que de celuide M. Le Gentil; c’est du moins ce qu’il déclara et ce qu’ilsoutint devant le présidial où il avait évoqué la citation quilui avait été laite pardevant le sénéchal, afin d’éviter leschances d’un appel. On n’était pas d’abord très-disposé à lui
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