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ELOGE
le commun des jeunes gens, celle de l’abandon aux dissipa-tions , aux plaisirs et à la frivolité. L’entrée d’un jeune hommedans le monde est un moment décisif. C’est celui où il estcommunément plus-facile déjuger ce qu’il est et ce qu’il seraun jour. Ses premiers pas montrent la direction qu’il vasuivre, ses premiers goûts décèlent ses inclinations. Il donne,pour ainsi dire, en ce moment, le programme entier desa vie.
C’est ainsi qu’à l’àge de 18 ans Saron se montra tel qu’onl’a vu depuis à 60. Sa famille, à la vérité , put être inquièteun moment du goût très-décidé qu’il annonça d’abord pourles mathématiques*, pour cette science qui devient si facile-ment la passion des esprits justes et de ceux qui aiment laVérité. Le descendant d’illustres magistrats devait se dirigervers une étude non moins sérieuse, mais différente, et quilui préparait une autre destinée «pie celle d’un homme uni-quement dévoué aux srienres. Mais cette même rectituded’esprit qui entraînait le jeune Saron dans la recherche desvérités mathématiques, lui lit en même teins reconnaître qu’ilest, dans l’ordre de la société, des positions qui commandentle sacrifice de ses goûts à ses devoirs, celui de ses inclinationsaux convenances. Il sentit parfaitement que l’homme quipréfère ce qui lui plaît à ce qu’il doit laire, qui met ses pen-clians à la place de ses obligations, se rend coupable d’unégoïsme blâmable, dont il ne peut se disculper que par dessuccès brillans, dus au génie seul, et qui prouvent i'impulsionirrésistible de la nature. Ainsi Montesquieu ne se fit pardonnerd’avoir abandonné les fonctions de la magistrature qu’enpubliant son immortel ouvrage. La modestie de Saron ne luipermettait pas un tel espoir. La science des lois devint doncsa principale étude, et la géométrie l’objet de ses délassemens.