DE M. LE PRÉSIDENT DE SARON. 377
Reçu à 18 ans conseiller au Parlement, et trois ans après,maître des requêtes, il fut nommé avocat-général en 1753,et devint président à mortier en 1755. Ainsi placé dès l’àgcde 25 ans au rang des chefs du premier Parlement duRoyaume, le nouveau président sut, malgré sa jeunesse, semontrer digne du poste éminent qu’il occupait. Sa sagesse,son équité et ses lumières s’y firent admirer tour à tour. Uncalme imperturbable, une douceur conciliante, une modestiefranche, le rendaient facilement maître des esprits et descœurs de ceux qu’il avait à présider, dans un corps dont il neconvenait à personne de se montrer le dominateur, et dontles chefs ne devaient être que les régulateurs et les guides.Le président de Saron tirait son autorité toute entière del’exemple qu’il donnait d’une assiduité, d’une gravité et d’uneintégrité constantes. Dans les questions difficiles, sa logiqueétait sure , son résumé clair et précis, sa conclusion juste etmodérée. Il y développait même une érudition, une connais-sance des lois, surprenantes dans un homme qu’on savaitoccupé de beaucoup d’autres études.
La retraite du premier président d’Aligre en 1788 , plaçaM. d’Ormesson à la tète du Parlement de Paris . Le présidentde Saron suivait immédiatement ; sa modestie fut un instanttroublée en ne voyant plus qu’un pas pour arriver h la pre-mière place. A la vérité, l’àge , la force , la santé de celuiqui le précédait éloignèrent bientôt de Saron la crainte desuccéder de sitôt à d’Ormesson 5 l’amitié même étouffa legerme d’une pareille idée. Mais que deviennent nos calculs etnos espérances h l’instant où le maître des destinées prouonceson arrêt et où notre sort s’accomplit? Celui du premier prési-dent fut aussi malheureux qu’imprévu : d’Ormesson mourut su-bitement le 26 janvier 1789. Saron reçut de lui le plus funesteet le plus dangereux des legs, celui de la première présidence
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