DE M. LE PRÉSIDENT DE S ARON. 38 r
La géométrie avait conduit le jeune savant à l'optique,l’optique l’entraîna vers l’astronomie. L’on conçoit toutes lesjouissances du nouvel astronome lorsqu’il fit ses premièresobservations avec les instrumens qu’il avait construits lui-même : mais bientôt son tems et sa main ne pouvant suffireà sa curiosité et à scs désirs, il prit le parti d’acheter et defaire venir de toutes parts les instrumens les plus parfaits.Il mit à contribution les meilleurs artistesde Paris , mais pré-férablement ceux de Londres , et se forma en peu d’années laplus riche collection qu’il y eût dans aucun Observatoire del’Europe . Il fit venir en France une des premières et desmeilleures lunettes achromatiques sorties des mains de Dol-lond. Il en perfectionna même l’usage par un mécanismeingénieux et par l’application cl’un mouvement d’horlogeriequi faisait suivre à la lunette le mouvement de l’astre surlequel on l’avait une fois dirigée. Il se procura aussi une despremières montres de longitude, dites chronomètres, ducélèbre Emery. L’artiste anglais , jaloux de sa découvertequ’il voulait cacher à ses confrères, avait recouvert le mouve-ment d’une calotte que retenait un secret. Saron, horlogerlui-même, chercha pendant deux ans le moyen d’enlever lacalotte. II le découvrit enfin. Saisi d’admiration à la vue dumécanisme et de l’ingénieux échappement de ce chel-d’œuvred’horlogerie, il en fit faire aussitôt des modèles en grand,qu’il livra aux regards et qu’il consacra à l’instruction desartistes français . Voilà ce que l’on put appeler, en 1786, unvéritable patriotisme. Quelques années après, le même moteut une acception bien différente.
M. de Courtanvaux avait laissé en mourant un excellentéquatorial, chel-d’œuvre de Ramsden, le plus habile cons-tructeur que nous ayons jamais eu dans ce genre. Saron nelaissa pas échapper l’instrument, il voulut le conserver à son