DE M. LE PRÉSIDENT DÉ SARON. 385
combinaisons et de réflexions, Saron vint à soupçonnerqu’on devait supposer au nouvel astre une bien autre distancepérihélie que celle des comètes. Il eut seul, et le premier,l’idée de la porter à douze fois la distance du soleil h la terre,et dès-lors l’astre ne se montra plus si rebelle à suivre la routequ’il lui traça, et fut reconnu pour une véritable et huitièmeplanète. D’après cela, nous oserions réclamer pour notre aca-démicien honoraire une partie de la gloire de la découvertede M. Herschell, s’il ne nous semblait en ce moment entendrel’ombre modeste de Saron nous le défendre et nous menacerde son désaveu.
La physique et la chimie partageaient quelquefois avecl’astronomie les loisirs et les affections de cet amateur uni-versel des sciences et des arts. Une chambre contiguë à sabibliothèque renfermait un laboratoire et tout l’attirail néces-saire aux expériences les plus délicates qui se répétaient là dansun petit comité, composé de quelques chimistes, membresde l’Académie , ayant seuls le privilège d’entrer dans cesanctuaire , ignoré des gens mêmes de la maison ; car la porteen était masquée. Un des premiers succès de la fonte duplatine eut lieu dans ce laboratoire.
Le président de Saron, horloger, tourneur et graveur ( caron a de lui le portrait à l’eau forte du savant Boscowich ),imitait et exécutait tout ce qu’il voyait faire : mais de tous lesarts que cet ardent amateur a professés, celui dont il nous alaissé le monument le plus précieux, c’est l’imprimerie. Ilavait à Paris une petite presse, et à sa terre une plus grande.On lui avait envoyé d’Angleterre un très-bel assortiment decaractères. Le tout était encore plus soigneusement caché queles instrumens de physique et de chimie. Cela devait être,puisque la possession d’une presse était alors prohibée. C’estdonc dans le plus grand secret que Saron, le tablier devant
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