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bientôt aperçue par le vigilant Argus h qui l’astronomie sem-blait avoir confié la découverte et la surveillance de ces astresparticuliers. M. Messier courait aussitôt avertir M. le prési-dent de Saron, lui portait ses premières observations , etcelui-ci calculait les élémens de l’orbite, tandis que l’autrepoursuivait l’astre et ne le perdait de vue que lorsqueson éloignement ne permettait plus de l’apercevoir; car,jusque-là , quelque détour qu’il fit, quelque fausse route qu’ilpût prendre, les calculs de Saron remettaient tout de suiteM. Messier sur la voie, et la comète était bientôt retrouvée.C’est cette heureuse association entre un de nos plus célèbresobservateurs et un de nos plus subtils calculateurs, qui acontribué dans ces derniers tems à enrichir considérablementla liste des comètes calculées. C’est ce doux concert qui, pen-dant trente ans, a resserré les nœuds d’une amitié si touchanteet si respectable entre deux savans que la conformité degoûts, de caractère et Je venus devait naturellement réunir.
Mais Saron rendit à l’astronomie un service encore plusimportant. Tout le monde a présente encore à l’esprit ladécouverte faite en mars 1781 de cette huitième planète qui,depuis tant de siècles,' confondue dans la foule des étoiles,tournait en silence avec nous autour du même soleil, suivaitles lois de notre système, mais restait toujours inconnue.Elle fut d’abord prise par M. Ilerschell et par tous les astro-nomes pour une simple comète. M. Messier l’observa commetelle, en communiqua, selon sa coutume, les positions àM. de Saron, qui aussitôt les soumit au calcul : mais pourcette fois notre calculateur fut arrêté; il fallut ralentir samarche, essayer, recommencer; quoi qu’il fit, la dernièreobservation ne cadrait jamais avec les précédentes. C’est cequ’éprouvèrent également plusieurs astronomes et géomètresqui tentèrent les mêmes recherches. Eulin , à force de