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trouvèrent dans la capitale, furent arrêtés le même jour et pres-qu’à la même heure. On alla chercher M. le président deSaron jusque dans une maison peu distante de Paris où ils’était retiré avec sa famille,' et on le conduisit dans la prisonde la Force le 18 décembre 1793. Quelques jours après, il yvit arriver son gendre et le père de celui-ci. L’un et l’autre,au bout d’un mois, expirèrent sous ses yeux, de maladie etde chagrin. Le président, plus fort et plus courageux, leursurvécut pour les pleurer et pour être réservé à de plus grandsmalheurs.
La levée des scellés et l’examen des papiers, faits à l’hôtelSaron, n’ayant pas fourni le moindre chef d’accusation, ilfallut bien chercher à se procurer au moins quelque prétextede condamnation ; on eut recours au moyen si commode et siusité dans ce tems-là contre ceux que l’on voulait perdre : onsupposa une conspiration tramée dans un petit village près deBeaumont-sHr-OIst;, et dans laquelle on eut soin d’envelopperun fermier des terres de M. de Saron et un de ses valets-de-chambre. Or, le maître de deux conspirateurs ne pouvait êtrelui-même qu’un conspirateur; c’est ainsi qu’alors on raison-nait devant le peuple, et une ' trop grande partie du peupletouvait ces raisonnemens très-justes. Il fut donc établi dansl’opinion du public révolutionnaire, que le premier président,ainsi que tous les membres du Parlement, étaient ennemisdéclarés de l’Etat et reconnus criminels de lèse-nation. On leproclama dans l'es clubs, on le répéta dans les journaux, etle sort de ces malheureuses victimes fut dès-lors décidé.
Au milieu de ces odieuses manœuvres et de ces clameursqui retentissaient jusqu’au fond des prisons, quelle était lasituation de M. de Safon? Fort de son innocence, il voyaitsans se troubler l’orage se former autour de lui ; mais, en