DE M. LE PRÉSIDENT DE S ARON. 3%
attendant le coup dont il prévoyait qu’il serait bientôt frappé,il se livrait à ses anciennes occupations, il calculait l’orbited’une comète dont on lui avait fait parvenir des observations.Tel autrefois un illustre géomètre poursuivait la solution d’unproblème au milieu des flammes qui enveloppaient sa maison.Une note adroite, insérée dans un journal du tems, apprit par-la suite au savant prisonnier, que la comète avait été docileà suivre la route qu’il lui avait tracée. Ce succès devait sansdoute flatter son amour-propre, mais Saron n’en avait pas ;il pouvait le consoler un instant de l’injustice de ses ennemis,mais Saron ne s’occupait point d’eux, ou , s’il y pensait quel-quefois ^ ce n’était que pour leur pardonner; car, d’aprèstout ce que nous avons rapporté jusqu’ici des mœurs et ducaractère de ce vertueux magistrat, on doit bien se douterqu’il était sectateur zélé de cette religion qui pardonne et quine sait point haïr.
Il y avait déjà quatre mois que le président de Saron étaitarreté. Depuis quelque tems, on l’avait transféré de la Forcedans une maison dite de santé. Ses autres confrères étaientrépandus dans les diverses prisons de Paris . Le 19 avril 1794,on vint lui annoncer qu’il allait être conduit à la Conciergerieavec plusieurs autres prisonniers. Voyant qu’un de ses com-pagnons d’infortune se disposait à faire emporter ses matelaset ses meubles : Croyez-moi, lui dit-il tranquillement, laisseztout cela; demain, ni vous ni moi n aurons plus besoin derien.. En partant, il écrivit à sa fille d’obéir sur-le-champ à laloi qui ordonnait aux nobles de s’éloigner de Paris .
Le lendemain , jour de Pâques , le président de Saron com-parut devant le tribunal révolutionnaire avec trente autresaccusés, dont vingt-six membres de divers Parlemens. Quelspectacle ! Quel renversement d’ordre ! L’innocence citée