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VERNIS.

VERNIS.

gras qu’on pourrait alors faire, comme les vernis à l’al-cool ou à l’essenec, au moyen de simples digestions,soit à froid, soit à chaud, de l’oxyde de copal dans unmélange convenable d'huile siccative et d’essence detérébenthine. Le vernis résultant aurait, sans aucundoute, des qualités toutes différentes de celles que pos-sède le vernis tel qu’il se fait maintenant, où la résine,en raison du feu violent auquel elle est soumise, setrouve toujours plus ou moins altérée, et, dans tous lescas, autrement altérée qu’elle ne le serait par l’exposi-tion à l’air libre, à laquelle on la soumettrait pourl’oxyder.

Les vernis gras tels que nous savons les préparer,en raison même de la nature peu vaporisable du véhi-cule huileuxpqui sert à leur confection, et qui entre pourune qutftnité fort appréciable dans la pellicule desséchéequ’ils fournissent, sont de tous les vernis les moinssiccatifs, mais les plus solides; aussi les destine-t-on àtous les usages auxquels les vernis à l’alcool et à l’es-sence ne pourraient être employés à cause de la tropfaible résistance qu’ils opposent à l’action de la lumièreet de la chaleur solaires, et des intempéries de l’air ex-térieur. Les devantures de magasin, lçs portes, lesfenêtres de nos habitations, les équipages de luxe, lesvoitures de fatigue réclament spécialement ce genre devernis. Ce n’est pas cependant qu’on ne puisse les em-ployer avec avantage dans les intérieurs, il s'eu fautbien; ceux qui veulent faire des peintures solides, fa-ciles à laver, peuvent s’en servir avec confiance sur tousles fonds autres que les blancs purs ou les blancs vei-nés, pour lesquels il faut nécessairement des vernis àl’alcool ou à l’essence, mais sur tous les fonds coloréset qui n’ont rien à craindre d’une teinte un peu plusfoncée; nous le répétons, les vernis gras doivent êtrepréférés parce qu’ils sont plus solides, et qu'après touton peut les faire tout aussi siccatifs que ceux desdeuxième et troisième genres.

Le vernis gras est encore exclusivement réservé pourles objets en tôle, en fer-blanc, en cuivre ou en laiton,tels que les soucoupes, les plateaux de cabaret, les lam-pes ; enfin tous les ustensiles destinés à des usages ha-bituels, à des frottements souvent répétés.

Sub«;anci« qui entrent dans la composition des vernitgras. Le succin ou karabé, et les différentes espèces decopal dur, demi-dur et tendre, telles sont les seules sub-stances résineuses, solides, qui, avec l’huile de lin etl’essence de térébenthine, entrent dans la compositiondes vernis gras.

La grande résistance que le copal dur et le copal demi-dur opposent au feu, pour entrer en fusion et devenir encet état miscibles à l’huile et à l’essence, a dû faire re-courir, pour les transformer en vernis, à un procédé biendifférent de celui qu’on emploie pour préparer les vernisdes deuxième et troisième genres, où les résines, plustendres, sont solubles dans les véhicules, à une bassetempérature ; une simple digestion suffirait même pouren opérer la dissolution, comme nous l’avons indiquéprécédemment. Ici, au contraire, on commence parfondre les résines à feu nu, et alors seulement qu’ellessont arrivées à leur point de fusiou et de chaleur néces-saires, on y incorpore l’huile chauffée de 150 à 200 de-grés, puis enfin l’essence ; le tout avec les précautionsque nous indiquerons par la suite.

Ce n’est pas cependant qu’on ne puisse fondre le co-pal dans l’huile bouillante, car il entre eu fusion à latempérature de 316° centigrades. Pour achever le verniset le mettre à bonne cousisianèc, il ne s’agit plus que d’yajouter une certaine quantité d’essence suffisante. Maisle vernis résultant de cette méthode, où l’huile est tou-jours plus ou moins brûlée, étant plus coloré et surtoutmoins siccatif que par la première méthode, elle est gé-néralement abandonnée.

L’art du veruisseur ne consiste donc pas seulement à

mélanger intimement des molécules résineuses quelcon-ques dans un liquide approprié, et à obtenir ainsi unmélange permanent; il consiste, en outre, à obtenir lemélange le moins coloré et le plus siccatif, en conser-vant aux matières composantes leurs propriétés natu-relles, ou du moins en leur faisant subir le moins d’al-tération qu’on -le peut. Or, comme le feu, si léger qu’ilsoit, dénature toujours les résinesl(ce qui expliquepourquoi les vernis faits par simple digestion sonttoujours moins colorés, toutes choses égales d’ailleurs,que ceux qui ont passé sur le feu), et qu’il peut l<*s dé-naturer, si l’on n’y prend garde, jusqu’au point de lestransformer en une espèce de matière goudronneuse,qui ne reprendrait plus sa solidité si on les y laissaittrop longtemps exposées, surtout au feu violent quiconvient aux résines dures, il importe de ne jamaisperdre de vue les prescriptions suivantes, ri, arec unerésine donnée , on veut obtenir le vernis le plus siccatif etle moins coloré possible.

Il ne faut jamais présenter ensemble à la fusionun mélange de résines inégalement fusibles. Ainsi lusuccin étant plus résistant au feu que le copal dur,celui-ci étant plus rebelle au feu que le copal demi-dur,et le copal demi-dur plus difficile à entrer en fusion quela résine de damrnar friable (copal tendre), chacune deces résines doit être traitée à part (1 ).

Il faut bien choisir ses résines pour que chaquedose soit composée de morceaux tous également fu-sibles, sans quoi il arriverait que les morceaux les plusfusibles seraient brûlés, d- composés plus ou moins,avant que les autres ne fussent entrés en fusion, et levernis résultant d’un pareil mélange serait beaucoupplus coloré et moins siccatif que si l’on avait eu la pré-caution de bien assortir les morceaux sous le rapport dela fusibilité.

Malgré toutes les précautions qu’on aurait priseslors de la séparation du copal fusible de celui qui l’estmoins, il peut se faire pourtant que les deux espèces setrouvent encore mélangées dans une certaine propor-tion, et que, par suite, on rencontre des doses où la plusgrande partie de la résine sera fondue et bien coulanteuu bout de la spatule, tandis que cette même spatuledénotera qu’une quantité plus ou moins considérablede résine existe encore solide au fond du matras où sofait l’opération ; or, comme entre deux maux il fautchoisir le moindre, au lieu de brûler la plus grandepartie de votre résine pour laisser à la plus petite letemps de fondre; au lieu d’attendre que le tout soitfondu et liquéfié, incorporez votre huile avec la partiefondue aussitôt qu’elle vous aura paru en état de s’ymélanger ; puis, ajoutez votre essence, agissez enfincomme si toute la dose de résine avait été bien fondue,passez au tamis, et tous les morceaux de copal nonfondus que vous y trouverez, mettez-les à part, pour, àla fin de la journée, les refondre tous ensemble, et enfaire un vernis plus coloré, sans doute, mais d’aussibonne qualité que l’autre (2).

Lorsque le copal fondu est bien coulant, en mousse,au bout de la spatule, on y verse l’huile chaude, maisnon bouillante, on mêle fortement pour bien incorporerl’huile à la résine, et avec la spatule, qu’on en retirevivement, on eu porte un échantillon sur une vitrequ’on tient à la main ; si le mélange d’huile et de ré-

(4) Mais rien n’empôche de mélanger, alors qu’ils sontfaits, les vernis qui résultent de chacune d’elles, en tellesproportions qu’on le juge convenable, soit pour améliorerla qualité des uns ou abaisser le prix des autres.

(2) L’huile et l’essence que retiennent ces morceaux,après leur séparation du vernis par le moyen du tamis, bril-leront alors qu’on fondra ces morceaux, et seront charbon-nées longtemps avant que la résine soit assez fluide pourpouvoir se mêler à l’huile ; de là résultera un vernis plus co~ioré, mais aussi bon que l’autre, car ici ce n’est pas la ré-*sine qui est brûlée.