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L' architecture de Vitruve : traduite en françois, avec des remarques / par De Bioul
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LIVRE I I, C h à p, ix.

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arbres qui croissent le plus lentement , ont le bois le plus dur , au contraire des autres. Les cou-ches ligneuses commencent dabord par être molles et tendres avant dacquérir la solidité , quellesne prennent que peu-à-peu ; et comme elles sappliquent extérieurement les unes sur les autres , ilsensuit que les intérieures , dans un arbre bien sain , sont plus dures et plus colorées que les ex-térieures , et ont leurs fibres plus resserrées ; ce sont ces couches intérieures quon appelle bois :les couches extérieures , qui sont plus tendres , et communément dune couleur différente , sap-pellent aubier ; ainsi laubier nest lui-même quun bois nouveau , fort imparfait , qui na pas en-core acquis toute sa solidité ; mais qui en est susceptible comme on le verra ci-après. \Iaubier nestbien distinct que dans les bois durs comme lébène , le gaïac , la grenadille même , le chêne et lepin , etc. Dans les arbres mous , au contraire , qui ne peuvent pas prendre beaucoup de solidité ,tels que le tilleul, le bouleau, laune , le cciba , le boubal, etc, il ny a pas d 1 aubier ou, pourmieux dire , il ny a pas de bois ; parce que le corps ligneux reste toujours dans son premier étatdaubier, sans jamais se durcir. Cest cet aubier, quattaquent et rongent les insectes qui sy logent,et sen nourrissent. Les arbres vigoureux ont plus à?aubier , mais en moindre nombre de couchesque ceux qui languissent. Le chêne a communément depuis sept jusquà vingt-cinq de ces couches,qui se rejettent dans lemploi quon fait de ce bois pour la menuiserie.

Les différentes natures des bois, dont les uns se conservent mieux dans leau , dautres dans lair,les rendent propres à divers usages. 11 y en a qui sont susceptibles dun beau poli, et dune grandedivisibilité , ainsi quon le voit dans les ouvrages de placage. Plus les bois ont de dureté , de soli-dité , plus ils sont bons pour toutes sortes douvrages , et sur-tout pour le pilotage et la menui-

serie. Les Allemands, chez qui les Iiollandois vont chercher leurs bois de menuiserie , ont un secretbien simple pour leur procurer ces qualités ; ce moyen ressemble et produit le même effet quecelui indiqué par Yitruve dans ce chapitre , qui est de cerner les arbres long-temps avant de lescouper. Au printemps , lorsque la sève monte en abondance , On enlève lécorce , qui se détachefacilement , et on les laisse ainsi sur pied pendant toute lannée; le printemps suivant, ils poussentencore quelques bourgeons , des feuilles , des fleurs et même des fruits , ( la seconde année il neparoîlra plus de fruits ) : et lors de la saison de la coupe, on abat ces arbres qui, pour lors, four-nissent un bois bien meilleur pour la dureté. Suivant les expériences qua faites M. de Buffon ,laubier de larbre ainsi écorcé , et laissé sur pied , devient aussi dur que le cœur ; il augmente defo rce et dintensité ; par-conséquent cet aubier , qui auroit été perdu , devient propre à être 4 tra-vaillé comme le reste du bois , et" nest point alors plus sujet à la piqûre des vers.

La connoissance de la force des bois , auxquels on fait supporter tous les jours des fardeaux,

énormes , étant un objet important dutilité , a mérité lattention des yeux philosophiques du savantacadémicien que nous venons de citer. Il a fait sur ce sujet un très-grand nombre dexpériences ,dont on peut voir un ample détail dans les mémoires de lacadémie. Suivant ses observations , laforce du bois nest pas proportionnelle à son volume : une pièce double , pour la grosseur , duneautre dégale longueur , est beaucoup plus du double plus forte. Le bois de même nature qui ,dans le même terrein , a cru plus vite , est de plus fort ; celui qui a crû plus lentement , dont lescercles annuels sont plus minces, est moins fort. La force du bois est proportionnelle à sa pesanteur.De deux pièces de même grosseur'et longueur, la plus pesante est la plus forte, à-peu-près dansla même proportion quelle est plus pesante. Une pièce de bois, chargée simplement des deux tiers

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