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L' architecture de Vitruve : traduite en françois, avec des remarques / par De Bioul
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9 o LARCHITECTURE DE VITRUVE.

du poids , capable de la faire rompre , ne rompt pas dabord ; mais bien au bout dun certaintemps. Il résulte de ces ingénieuses expériences , que dans un bâtiment qui doit durer long-temps ,il ne faut donner au bois , tout au plus , que la moitié de la charge qui peut le faire rompre.

La plus grande attention quon doit avoir, comme dît Yitruve , cest déviter de couper le boislorsquil est plein de sève , non pas pour la raison quil dit ; mais parce quétant coupé plein desève , il est bien plus sujet aux vers. Il est probable , que la sève mêlée aux différens sucs qui setrouvent dans les vaisseaux propres dont nous venons de parler , venant à sécher , attire les versauxquels elle sert de nourriture. Un autre avantage, cest que le bois qui nest pas coupé en pleinesève , sèche beaucoup plus vite.

Ainsi le meilleur temps pour abattre les arbres , est depuis la fin du mois doctobre jusquà lafin de décembre ; car immédiatement après ce temps , la sève commence déjà à monter. Mais sion a la précaution dabattre les arbres dans la saison que jindique , je puis assurer , daprès lexpé-rience , que ceux mêmes les plus sujets à la vermoulure , tels que le sycomore, le plane , etc. neseront jamais attaqués par les vers.

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YitriïVe parle ensuite , daprès ces principes , des qualités des différentes espèces de bois ; ilcommence par le sapin , parce que cétoit le bois dont on faisoit le plus dusage de son temps. Uçn distingue deux espèces dans le second chapitre du premier livre.

Nos naturalistes les divisent aussi en deux ordres , savoir : les sapins proprement dits , et lesPiceas ou Epicéas , Peee ou Pesse.

Les sapins proprement dits, ont la pointe de leurs fruits , ou cônes, tournée vers le ciel; leurs,feuilles 6ont longuettes, émoussées, échancrées par le bout, assez souples , blanchâtres en-dessons ,et rangées à-peu-près sur un même plan des deux côtés dun filet ligneux, ainsi (que les dents dunpeigne ; ils fournissent la térébenthine liquide.

Les feuilles des Epicéas ou Piceas sont étroites , assez courtes , roides , piquantes et rangéesautour dun filet commun , en sorte quelles forment toutes ensemble , par leur pointe, une espècede cylindre ; leurs cônes ont la pointe tournée en bas. Ces arbres ne donnent point de térében-thine ; mais ils font de leur ecorce un suc épais , ou une résiné qui sépaissit, devient concrète etsemblable à des grains dencens commun : cest avec cette résine que lon fait ce quon nommepoix de Bourgogne.

Le sapin a cela de contraire aux autres arbres , cest que le bois de ses branches , et de lacime de son tronc qui les porte , que Yitruve nomme fusterna , est beaucoup plus dur que lereste du tronc ; cest-à-dire que plus ce bois est jeune , plus il est dur , et quau lieu de durciren vieillissant , il devient tendre. Ses branches , et la cime de son tronc sont aussi dures quelintérieur du bois de chêne, tandis que le reste du tronc.est plus tendre que laubier.