PRÉ F A C E.
On peut dire qu’il n’est pas de pays au monde qui dans un espace aussi borné offre tantde sites & de températures diverses que le Valais . Ce pays n’a qu’environ 200 lieues quar-rées de surface , & il compte deux chaînes de montagnes dont les sommets les plus élevésne le cèdent en hauteur qu’au Mont-Blanc . Ces deux chaînes, dont l’une nous sépare de laSuisse & l’autre de l’Italie , formènt par leur rapprochement une vallée latérale la plus lon-gue peut-être de l’ancien monde, puisqu’elle s’étend, depuis la Fourche jusqu’au lac deGenève, sur une ligne d’au moins 36 lieues. Un fleuve coule au fond de cette vallée , & plusde quatre-vingt torrens descendus des montagnes viennent lui apporter le tribut de leurseaux. Du fond de la vallée du Rhône partent plus de vingt autres vallées de moindre éten-due qui coupent transversalement les deux chaînes et vont se terminer aux énormes gla-ciers qui couronnent celles-ci. Chacune de ces vallées transversales a quelque chose qui lacaractérise. L’une s’étend dans une assez grande longueur au même niveau que la partie dela vallée du Rhône où elle débouche. L’autre s’élève subitement dès son origine, & prendtout de suite le caractère d’une vallée alpine. Celle-ci est couverte d’épaisses forêts, & n’o-ffre que d’espace en espace des places découvertes & des habitations. Celle-là est une vasteprairie coupée ça et là de quelques rochers parmi lesquels l’œil aime à s’égarer. Telle neprésente que des escarpemens presque à pic, & des gorges profondes & serrées au fond des-quelles uu torrent fougueux précipite avec fracas sa course ; là tout est grand, terrible, im-posant. Telle autre offre de toutes parts la fertilité & la culture , des pelouses fleuries, degrasses prairies , des villages & des habitations élégamment groupées ; là tout est riant, en-chanteur, tout occupe agréablement les yeux. Plus souvent une même vallée réunit cesdifférens aspects, & le riant s’y trouve à côté du terrible.
Il est aisé de comprendre qu’avec une aussi grande variété de sites, le Valais doit aussiavoir des températures bien différentes. En effet la température n’y est pas la même dansles hautes alpes que sur les montagnes moins élevées, dans les vallées alpines que dans lesvallées plus basses ; elle diffère encore à des hauteurs égales selon les expositions & lesaccidens du local. Mais le plus grand contraste se trouve dans la grande vallée du Rhône.Non seulement sa température ne ressemble pas à celle des autres vallées, mais elle n’estpas même uniforme par tout. Au pied de la Fourche l’air est froid , & l’hiver aussi longque l’été. Aux environs de Brieg l’hiver est moins long , & les neiges disparaissentordinairement avant le milieu de Mars -, le reste de l’année jusqu’au mois d’Octobre ,est un printemps sujet à peu de variations. A Rarogne la température fait un saut : c’est làqu’on trouve les premières vignes. Enfin avec Sierre commence la partie décidément chaudede la vallée -, les vins muscats y mûrissent comme dans le midi de la France , & les co-teaux de Vétroz , de la Marque produisent des vins délicieux auxquels il ne manque qu’unnom. En été la chaleur y est excessive -, il n’est pas rare de voir à Sion , Fuîli, Martigni,le thermomètre monter à 2 7 degrés d’élévation & même davantage. Cette îchaleur seroitplus que suffisante pour la' culture des grenadiers, des figuiers & des oliviers, sans les