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LETTRE PREMIERE.
A Monsieur Abraham Thomas , à Fenaleb sur Bex .
Martigni en Valais 14 Février 1793.
Di s les premières années de mon entrée dans la maison hospitalière du Grand-Saint-Bernard vous m’avez inspiré le goût pour la botanique , comme le célèbre professeur de Saussure , dansses différens voyages sur nos alpes , avoit fait naître en moi le désir de connoître les pierres 8c lesminéraux. Les fatigues incroyables que vous avez essuyées , Monsieur, pour préparer les matériauxde la Flore helvétique, dont s’occupait l’immortel Haller ; la complaisance avec laquelle vous m’avezcommuniqué le fruit de vos courses dans nos montagnes escarpées ; l’élégance, la beauté des Péduculaires , des Sisymbres à feuille de tanaisie , de la Potentille grandi fore , k de plusieurs autresplantes intéressantes & rares (fui invitent les amateurs à parcourir nos alpes , me firent apprécier labotanique que je ne connoissois encore que de nom k me remplirent d’admiration 8c d’enthousias-me. J’étois humilié de voir qu’on venoit chercher de loin à grands frais, qu’on achetoit par descourses infiniment pénibles ces mêmes objets d’histoire naturelle que nous foulions au pied sans lesconnoître. Je formai dès lors le projet de m’appliquer à l’histoire naturelle, aussitôt que j’auroisfini le cours des études sérieuses indispensables à mon état.
Cependant la crainte de trop embrasser à la fois m’engagea à commencer par la lithologie 8c laminéralogie , d’après les sollicitations de Mr. de Saussure , qui m’en avoit donné le goût k qui m’a-voit fourni des secours 8c des moyens pour m’occuper avec fruit de cette science; bien résolu deme livrera la botanique, dès que le relâche d’occupations plus essentielles me le permettroit. Aprèsavoir consacré pendant plusieurs années rues momens de loisir à la connoissance des minéraux, 8caprès avoir parcouru nos rochers les plus escarpés, 11e trouvant presque plus de découvertes miné-ralogiques à faire dans nos montagnes, je me mis, un peu tard, à la vérité, à l’étude de la botani-que. La nomenclature de Haller, que je tiens de vos soins obligeans, me servit beaucoup par sajustesse 8c sa précision ; mais la complication de son système me fit préférer celui du père de labotanique, de l’immortel Linné . Cependant ne pouvant donner beaucoup de temps à cette scienceintéressante , je crus devoir me borner à la connoissance des plantes de .la Suisse 8c plus particulière-ment de celles du Valais , dont il me paroissoit que Haller n’avoit connu qu’une partie. Encouragépar les premiers succès de mes courses botaniques, je vis qu’il ne seroit pas impossible, par votresecours, Monsieur, de parvenir à déterminer à.peu.près toutes les plantes du Valais . Je reconnus,,après quelques années de travail 8c de voyages que ce pays, tout resserré qu’il est, produisoit au-dc làdes sept, huitièmes des végétaux de la Suisse , 8c de plus , un grand nombre de plantes nouvelles quiavoient échappé aux savantes recherches de Haller. J’ai donc résolu de m’attacher spécialement auxproductions botaniques du Valais et de ses environs; d’en tracer le catalogue; de présenter aux
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