SUR LES COMETES. IOI
Rois seuls mouroient, 8c que les corps célestes eusiènt plus »?de rapport avec les Grands de la Terre qu’avec la populace «la plus abjecte , les prédictions sondées lur i’apparition de «ces fortes de phénomènes , seroient sans doute spécieuses : «mais les Comètes parcourent plusieurs royaumes 8c même la «Terre entière; le malheur d’un seul homme ou d’un peuple «entier , est ordinairement la source du bonheur d’un autre «homme ou d’un autre peuple ; la mort quitte le palais des «Rois , pour frapper le pauvre en fa cabane ; le choix de la «victime qu’elle doit immoler , dépend de causes naturelles --absolument étrangères à ce qui se passe dans le Ciel. Pourquoi «regardons-nous donc les Comètes comme cruelles, funestes, «terribles, plutôt que de les appeler douces, bienfaisantes, «aimables? Oui, les Comètes font réellement effrayantes,mais par notre sottise : nous nous forgeons gratuitement des «objets de terreur panique ; & non contens de nos maux réels, «nous en accumulons d’imaginaires. Mais Dieu tie peut-il pas, «dites-vous , se servir ries Comètes pour nous avertir de ses «i volontés ! Oui , fans doute, il le peut ; mais qui vous a «révélé qu’il le faiíoit ? Vous fondez-vous fur un autre prin- «cipe que fur celui de la présomption dont nous sommes «enflés, Sc qui nous persuade que nous méritons que Dieu «s’épuiíe en notre faveur en prodiges? Car enfin, est-ce «Dieu qui vous a déclaré que fi le mouvement de la Comète «est vers l’occident, vous devez craindre les ennemis du «dehors ; ceux du dedans au contraire, li la Comète fe meut «dans un sens opposé? Est-ce fa parole qui a instruit lesPrinces qu’ils avoient tout à craindre d’une Comète , lors- «qu’elle paroistoit dans un signe matutinal qui avoit présidé «à leur horoscope? Est ce fur sa vérité que mille inepties de «cette espèce sont appuyées ? » Ces railonnemens parodientbien naturels ; je ne m’étonnne pas qu’ils aient fait impression :je fuis plus surpris qu’il ne fe soit pas trouvé plus tôt unGassendi capable de les proposer Sc de les faire admettre.Gassendi sut Professeur de Réthorique à Digne, à 1 âge deseize ans; trois ans après, Professeur de Philosophie à Aix,