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que je fis connaissance avec un ecclésiastique, originaire del’ile de Corse, qui avait plusieurs livres d’astrologie. Il m’enprêta quelques-uns dont je m’amusai à faire des extraits, quej’ai depuis consignés par scrupule (1) entre les mains deINI. J.-B. Spinola Somasque. Ayant fait l’expérience d’uneméthode astrologique très-fautive, et qui cependant avaittrès-bien réussi, je soupçonnai cpie le hasard seul avait pujustifier la prédiction 5 et ayant lu attentivement le belouvrage de Pic de la Mirandolc contre les astrologues, jevis qu’il n’y avait rien de solide dans leurs règles, et cpi’il n’yavait que l’astronomie qui méritait de l’attention (a). A monretour, je fis part de mes réflexions à plusieurs de mes amis,mais je ne pus persuader le plus grand nombre, trop prévenuen faveur de l’astrologie j udiciaire ( 3 ). Ce qui donna lieu aupère Noceto, jesuite et théologien du Sénat de Gènes, decombattre cette vaine science dans des sermons qu’il fit àSaint-Ambroise. 11 y réfuta particulièrement les prédictionsque publiait tous les ans en forme d’almanach un certain
(1) Ce scrupule de J.-JD. Cassini, à l’âge de 21 ans r tenait à un esprit religieuxqu’il conserva depuis sa plus tendre jeunesse jusqu’à la fin de sa longue carrière.Devenu aveugle à 85 ans, et ne pouvant plus tenir registre de la marche et despositions des astres, il dictait, tous les jours en se couchant à un secrétaire, uncompte exact de scs propres actions et de ses pensées de la journée. Ce journalexiste encore parmi ses manuscrits; c’est là que l’on trouve les témoignages dela piété la plus profonde, et d’une fréquente méditation sur la lecture des livressaints. On y voit aussi que c’est au mois de mars 1711 que l’auteur dicta les notessur ses découvertes, que l’on trouvera à la suite de ces anecdotes qui ont sansdoute été écrites vers le même tems , sur la demande que lui en avaient faitequelques amis , ainsi qu’il le dit lui-même dans le journal précité.
(2) L’on voit, par ce passage, que J.-D. Cassini ne s’occupa qu’un instantd astrologie , et qu’il en reconnut aussitôt l’extravagance.
( 3 ) Il paraît qu’à cette époque, en 1646, il y avait encore en Italie beaucoupde partisans de l’astrologie.