DE J.-D. CASSINI.
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Rome avec Madame l’ambassadrice de Bologne et une autredame, et passant par Florence, je m’y arrêtai pour aller fairema cour au prince } mais ces dames, ne voulant point le voir,m’attendirent dans une maison particulière ; le grand-ducl’ayant su me fitprésent de ces fruits merveilleux qui sont moitiéorange et l’autre moitié citron, pour en régaler mes compagnesde voyage. Une autre fois, m’ayant envoyé plusieurs sortes devins étiquetés vins de Syracuse , et d’autres des Indes orien-tales , il me demanda comment je les avais trouvés ; je luirépondis qu’ils m’avaient paru excellens , mais que je necroyais pas qu’ils vinssent de si loin. S. A. me dit alors qu’elleen avait fait venir les vignes, et que, transplantées à Florence ,elles avaient donné de meilleurs vins que dans les pays mêmesde leur origine. Elle se plaisait à me faire dîner souvent avecdes gens de lettres de sa cour. Nous conversions toute lajournée de diverses choses en présence du prince, qui s’amu-sait à répéter devant nous de sa propre main plusieurs expé-riences de celles qui furent imprimées depuis dans les essaisqu’on publia à Florence . La nuit, nous faisions des observa-tions auxquelles S. A. assistait quelquefois. Je reçus un jourà Bologne une lettre de Reinaldi, qui m’écrivait de la part dugrand-duc pour m’engager à m’attacher et k me fixer près delui. Je répondis en remerciant le prince de l’honneur qu’ilvoulait bien me faire, et je représentai qu’étant au service duPape qui m’employait, non-seulement pour les sciences, maisencore qui me chargeait de négociations et d’affaires de grandeimportance, je ne pouvais ni ne devais m’engager ailleurs.En effet, outre l’intendance des fortifications du fort Urbainque m’avait conférée, en i663, D. Mario, frère du PapeAlexandre VII , et général de la sainte Eglise, je fus encorechargé depuis de l’inspection de la forteresse de Perrugia etde celle du Pont Félix, auxquelles je fis faire plusieurs