VIE
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sujets au-dessus des écrivains même les plus lialnles. C’est lecas oii nous nous trouvons aujourd’hui. Qui aurait pu commevous représenter le mérite de M. Cassini? C’était véritable-ment ce qu’on doit appeler un homme rare. Ses découvertesen astronomie suffisaient seules pour lui mériter ce nom :mais à combien d’autres titres ne l’a-t-il pas acquis? Quelquehabile qu’il fut, il n’en était que plus assidu à la lecture.Après avoir passé les nuits à lire dans le brillant livre desvieux, il employait les journées à consulter les imparfaitesméditations des autres astronomes ; ils lui étaient égalementprésens de toutes les langues et de tous les tems ; il savait parlui-même bien au-delà de ce qu’ils avaient pu dire, et il n’encherchait pas moins ce qu’ils avaient dit. Ne pas se contenterde connaître le vrai système du monde, mais étudier etdeviner le système que les anciens ou les Tartares en avaientpu imaginer; embrasser le passé, le présent, l’avenir même,non par de frivoles prédictions sur des evènemens indépen-dans des étoiles, mais, par des infaillibles supputations deleurs mouvemeus, fixer jusqu’aux prétendus égaremens descomètes, c’est ce que nous avons vu faire, et que personnen’avait fait avant lui. Mais, au milieu de ces connaissances siprodigieuses, nous lui avons vu une modestie plus miracu-leuse encore. L’univers l’admirait, les siècles idolâtres luiauraient élevé des temples; lui seul semblait ignorer sonmérite. Qui fut jamais si simple dans ses manières, si retenudans ses discours, si timide dans ce qu’il savait le mieux, sidoux avec ceux qu’il connaissait le moins ? L’élévation de songénie cédait à la bonté de son cœur; plus aimable encore qu’iln’était admirable, et plus humble que savant. Très-différentde ces aveugles Chinois qui ne connaissent d’autre bien que leciel, il ne voyait dans le ciel que l’invisible Dieu du ciel.Religieux observateur des moindres devoirs, sa régularité