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établis. Mais nous déroberions quelque chose à sa gloire, sinous ne faisions remarquer que dans un Mémoire, lu en1743, il donna le calcul de la comète de 1729 dans un orbiteparabolique , et eut ainsi l’honneur d’être un des premiersen France h rendre hommage à la théorie newtonienne.Les astronomes français s’y décidèrent un peu tard : maisdans ce retard, il y eut sans doute plus de sagesse qued’esprit national. En effet, dans les sciences, c’est rendrehommage à la vérité de ne l’admettre qu’après un mîirexamen. Ce qu’il y a de sûr, c’est que nos astronomes et nosgéomètres sont ceux de tout le monde savant qui ont le plusgénéralement et le plus constamment rendu justice à la théoriede Newton, et que personne n’a plus contribué qu’eux àproclamer et à propager la gloire de son immortel auteur.
M. Maraldi que nous venons de présenter comme un savantlaborieux, comme un astronome distingué, n’est pas moinsintéressant à considérer sous un autre aspect. Doué d’uneprobité digne des premiers âges, il avait une austérité demœurs et une franchise, qui n’étant point adoucies par desformes, pouvaient être prises quelquefois pour de la rudesse :mais cette rudesse n’était qu’une écorce, sous laquelle ontrouvait bientôt la plus belle ame, le cœur le plus compatis-sant, le plus charitable. Il cherchait à la vérité à cacher auxautres et à lui-même sa sensibilité 5 mais elle perçait malgrélui, et les bonnes œuvres qui en étaient le fruit, révélaientsouvent son secret, non sans lui causer un vrai chagrin, jedirais même de l’humeur ; car il n’aimait pas quelles fussentconnues, encore moins qu’on lui en témoignât de la recon-naissance.
On le vit cependant se livrer sans réserve à cette sensibilité,et en donner les plus grandes marques dans deux occasions :à la mort de Jacques Cassiui, son second père, et à celle de