DE M. MARALDI.
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M. l’abbé de Lacaille, le seul homme avec lequel il eut forméune liaison intime. Le choix d’un tel ami, et la manière dontil sut apprécier deux hommes d’un si rare mérite, feraientseuls l’éloge de M. Maraldi. Accablé par ces deux pertesirréparables pour lui, il renonça presqu’à toute société , il nesortait de l’Observatoire que pour aller à l’Académie , et nevivait plus qu’avec ses livres, ses intrumens, et les satellitesde Jupiter.
La forte santé dont M. Maraldi avait toujours joui futinfiniment ébranlée vers la fin de 1763 , par une entero-épiplocèle qui se déclara, mais dont les signes furent d’abordtrès-équivoques. 11 fallut tout le talent de M. Tenon notreconfrère (1) pour ne pas s’y méprendre, et sur-tout pourréussir dans une opération délicate à laquelle il fut indispen-sable d’en venir. Le traitement qui s’ensuivit dura trois moisentiers : le courage et la patience du malade furent inébran-lables pendant une si longue épreuve. Quiconque connaîtl’enthousiasme de M. Tenon pour son art, et son attachementpour tout ce qui tenait à l’ancienne Académie des Sciences,pourra juger du bonheur qu’éprouva ce savant anatomistelorsqu’il put se dire : « J’ai fait une belle opération, et j’aisauvé mon confrère. » Ajoutons que ce n’est pas la seuleoccasion où M. Tenon ait pu se rendre cette justice, et où ilait éprouvé une si douce jouissance.
Une grande maladie, dans la première jeunesse, ne produitcommunément que l’effet de ces orages au fort de l’été, qui
(1) Le titre de confrère , je le sais , n’est plus de mode. Il est d’usage aujourd’huid’y substituer celui de collègue. Pour moi, moins occupé de la propriété du motque du sentiment qu’il exprime, je continue d’appeler confrères tous les savans ,et particulièrement les membres de l’ancienne Académie royale des Sciences.(Voyez le Dictionnaire de l'Académie, art. Collègue. )