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grande question sur la parallaxe et sur la distance des pla-nètes. Celte détermination d’un des points les plus importansdu système du monde occupait depuis des siècles les astro-nomes peu d’accord entr’eux. Ptoléipée avait supposé la paral-laxe du soleil de 2 min. 5 o secondes; Riccioli, de 28 secondesseulement; Ilalley la faisait de 25 secondes, et Dominique Cassini la réduisait à 9 secondes et demie ou 10 secondes auplus. Les discussions que ces différentes opinions avaientoccasionnées, l’attente et l’annonce éclatante de ce fameuxpassage, qui devait, comme un oracle, prononcer sans appelentre des hommes célèbres, avaient fini par attirer l’attentiongénérale, tant des savans que de ceux qui ne l’étaient pas;car on voit quelquefois l’ignorance elle-même prendre intérêtà des questions quelle ne comprend point, ou dont elle nedémêle pas trop l’importance; mais le bruit et le cas quelleen voit faire aux autres la déterminent à y prendre part.D’ailleurs, malgré qu’il fut assez in diffère ut pour bien despersonnes que le soleil se trouvât plus près ou plus loin denous de quelques millions de lieues, c’était toujours à leursyeux une entreprise très-singulière et fort curieuse que cellede mesurer cette distance et de prétendre l’assigner, ainsiquel'annonçaient les astronomes. Tout le monde parut donc s’in-téresser aux préparatifs des voyages qui allaient être exécutéspar des savans de toutes les nations, pour aller en différenspoints du globe observer le passage de \ énus sur le disquedu soleil, qui devait avoir lieu ie 6 juin 1761. On sut le plusgrand gré aux hommes courageux qui se dévouèrent à cescourses lointaines ; et l’on forma pour leurs succès des vœuxaussi artlens que ceux qui accompagnèrent autrefois le départet l’expédition des Argonautes .
Une telle faveur publique était bien faite pour exciterl’émulation d’un ami de la gloire : mais il n’en l’allait pas