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Il était bien naturel que notre académicien, ayant encoremanqué ce second passage, qui ne devait plus se renouvelerqu’au bout d’un siècle, désirât retourner en Europe le plustôt possible : mais il était destiné à éprouver toutes sortes decontrariétés. Il tomba sérieusement malade de fatigues, sansdoute, peut-être aussi de chagrin. Il fallut donc retarder sondépart jusqu’au printems de l’année suivante. Il partit mêmealors sans être encore parfaitement rétabli 5 mais, dans l’im-patience où il était de regagner sa patrie, comment ne pasprofiter d’un vaisseau qui retournait en Europe ? Arrivé àl’Isle-de-Erance, il 11e put continuer sa roule et fut forcé derester long-tems dans cette relâche pour y soigner sa santéfort délabrée. Lorsqu’elle fut entièrement remise, 011 lui pro-posa une nouvelle excursion à l’ile d’Otaïli. Il s’y refusa5 car,ainsi qu’il l’avoue lui-même, il commençait à se dégoûter desvoyages. Ce dégoût était sans doute bien pardonnable au boutde dix ans d’allées et de retours sur les mers des ludes.
M. Le Gentil ne retrouva d’occasion de s’embarquer pourla France que le 19 novembre 1770. Au bout d’une douzainede jours de roule, accueilli d’un coup de vent épouvantable,le vaisseau qui le portait, après avoir eu la barre de son gou-vernail rompue, et presque tous ses mats abattus, eut millepeines à regagner l’Isle-de-France, où il arriva faisant eau detoute part. Un peut juger du chagrin de notre voyageur. A cenouveau contre-tems se joignirent des tracasseries suscitéespar des gens dont il ne devait pas en attendre, et qui ne luipermirent de se remettre en mer pour la dernière lois qu’à lafin de mars suivant, sur une (régate espagnole. Il arriva enfinà Cadix le 1" août 1771. Fatigué autant qu’ennuyé des trajetsde mer, il se rendit à Paris par terre, et ne se retrouva dansses foyers qu’au bout de onze ans et demi d’absence.
Comme il s’était déjà passé deux années depuis le dernier